1er allié d’Israël au M-O : Le Kurdistan Indépendant ?

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Israël et la perspective d’un nouvel allié : l’Etat Kurde Indépendant.

“Les Kurdes éprouvent une profonde sympathie pour Israël et un Kurdistan indépendant serait bénéfique pour Israël », soutenait le journaliste kurde Ayub Nuri, en juillet dernier.

« Cela créerait un équilibre des pouvoirs. Jusqu’à aujourd’hui, Israël est un pays seul contre de nombreux ennemis. Mais, si un Etat kurde indépendant voyait le jour, Israël obtiendrait, pour la première fois de son histoire, un ami authentique dans la région et, deuxièmement, le Kurdistan serait, pour lui, l’équivalent d’une zone de sécurité, face à la Turquie, l’Iran et l’Irak ».

Une phase historique aux issues incertaines, qu’un autre Etat a connu, en 1947.

Est-ce la situation des Kurdes de Syrie qui ouvrira la voie vers l’avènement d’‘un Etat kurde ? Ou cette configuration, inacceptable pour les pays- et anciens empires- voisins, comme la Turquie et l’Iran, risque t-elle de déboucher sur une nouvelle guerre régionale, à la mesure de la proclamation d’un Etat Juif, en 1948 ? Les similarités entre les deux situations sont, a priori, frappantes.

En Syrie, les Kurdes ont moins cherché à se rallier à une des deux parties engagées dans la guerre civile qu’à parvenir à atteindre un degré d’indépendance, jusqu’alors impensable, dans le Nord-Est du pays, où ils constituent la majorité de la population.

L’étincelle syrienne

Après être longtemps restés en marge de l’insurrection syrienne, des groupes politiques appartenant à la minorité kurde de Syrie ont agi de façon décisive pour revendiquer le contrôle des zones peuplées par les Kurdes. En juillet 2012, des militants de l’opposition syrienne ont rapporté qu’un groupe, se faisant appeler l’Armée Libre Kurde, avait pris le contrôle de plusieurs villes dans le nord de la Syrie, à la frontière turque, comme Amuda et Qabani. Peu d’analystes ont accordé une grande attention à ces nouvelles, à l’époque, noyées dans la masse d’information en provenance de la région, puisque la plupart des observateurs se focalisaient sur ce qui apparaissait comme la désintégration du régime Assad.

Mais, aujourd’hui, pour la première fois dans l’histoire moderne des Kurdes de Syrie, on voit émerger une enclave kurde qu’ils contrôlent exclusivement. Les zones kurdes libérées sont administrées par des conseils locaux, et des porte-paroles kurdes ont indiqué qu’ils projettent de former une gouvernement provisoire kurde, au moins pour la période que durera la guerre civile, du fait même de l’absence de toute autorité centrale.

Ils ont créé leurs propres forces de police, mis en circulation leurs propres plaques d’immatriculation et se sont débarrassés des restrictions qui pesaient, sous « l’ancien » régime (celui d’Assad), sur leur langue et leur culture.

Les Kurdes ont, très vite, vu se dresser de nouveaux obstacles, non seulement de la part du régime Assad, qui bombarde régulièrement ces zones autonomes, mais directement, de la part des autres forces rebelles, plus précisément, les groupes Jihadistes comme le Jabhat al Nusra et l’Etat islamique en Irak et au Levant . Les Jihadistes se préparent à combattre pour maintenir le contrôle des zones frontalières de la Syrie avec la Turquie et l’Irak, qui permettent l’afflux des filières d’armements qui leur sont destinées.

L’annonce de leur autonomie, en fin juillet 2013, a suivie de près la reconquête de la ville multi-ethnique de la frontière syrienne de Ras al Ayn, jusque-là aux mains des rebelles du Front Al Nusra, appartenant à Al Qaeda. Le groupe extrémiste sunnite a tenté d’imposer une forme stricte d’Islam sur une population kurde bien plus modérée. Les affrontements entre les hommes armés kurdes et les Islamistes, appartenant au front Al Nusra et à l’Etat Islamique en Irak et au Levant, ont fait, au cours de ces dernières semaines, des centaines de victimes des deux côtés (on parle de 80 combattants kurdes tués, pour 800 Jihadistes, mais cela reste difficile à vérifier).

Les commandants kurdes accusent, également, les commandants du courant principal de l’Armée Libre Syrienne d’envoyer des combattants, pour gonfler les forces des groupes affiliés à Al Qaeda, faisant ainsi allusion à la possibilité d’une mini-guerre dans la guerre civile, entre Arabes et Kurdes.

Elle pourrait, aussi, servir au régime Assad et au Hezbollah, alimentant ce conflit interne pour se maintenir au pouvoir sur les territoires contrôlés par les partisans de l’axe irano-syrien. Cette « Solution -transitoire- à Trois Etats » en Syrie, ne serait pas, nécessairement, la panacée, alimentant un conflit complexe à durée illimitée…

Les zones frontalières ne sont pas moins importantes pour les Kurdes. Pour eux, le contrôle de ces régions signifie qu’il peut exister une continuité territoriale entre le Kurdistan syrien, irakien, turc et éventuellement iranien – qui soit la condition nécessaire (et non suffisante) pour dessiner les contours d’un Kurdistan, progressivement, indépendant et unifié.

Dès juillet 2013, les Jihadistes ont mené une série d’attaques contre les villes kurdes. Ils ont assassiné un dirigeant kurde respecté, Issa Hassou, en piégeant une voiture. Les forces kurdes ont rapidement réagi, et, à la suite de batailles importantes contre les Jihadistes, ont reconquis des territoires perdus et étendu leur contrôle sur de nouvelles zones.

L’effet-Domino.

Le bruit des combats entre les Kurdes syriens et les Jihadistes est rapidement remonté aux oreilles de leurs frères d’Irak. Le Président du Kurdistan irakien, Massoud Barzani est furieux. Il a entendu des rumeurs de pillages des villages kurdes et de prises d’otages par centaines (on parle de 700 otages kurdes aux mains des Islamistes). Par conséquent, pour la première fois depuis le commencement de la guerre civile syrienne, Barzani a clairement menacé d’intervenir pour protéger les Kurdes syriens.

Massoud Barzani

Il a déclaré que si les Kurdes étaient « sous la menace du terrorisme et de mises à mort », alors le Kurdistan irakien devait se préparer à aller les défendre. Barzani a accusé Al Qaeda d’être responsable des meurtres de femmes et d’enfants kurdes innocents et a exhorté les partis kurdes à se mettre en route pour la Syrie – « Le Kurdistan occidental », comme il l’a désigné – afin de vérifier la véracité de ces informations.

PJAK Kurde d’Iran

Immédiatement après la déclaration de Barzani, ce sont les Kurdes iraniens qui ont annoncé, également, qu’ils étaient prêts à se battre. La branche iranienne liée au Parti des Travailleurs Kurdes (PKK), connue sous le sigle du PJAK (Parti Kurde pour une Vie Libre) a affirmé se préparer à envoyer des hommes de troupe rejoindre leurs « frères kurdes dans la lutte contre les Jihadistes ».

. Parallèlement, les cercles dirigeants kurdes en Syrie tentent de convaincre les jeunes combattants kurdes qui ont rejoint des groupes jihadistes, au début de l’insurrection contre Assad, de réintégrer les milices kurdes, ou des unités kurdes au sein de l’Armée Syrienne Libre (ASL). Les Ulemas kurdes ont diffusé une « Fatwa » en forme d’appel à leur intention. Un groupe de ce genre, la Brigade du Front Kurde, s’est formé aux tous débuts de la révolte syrienne contre Assad et fonctionne comme partie intégrante de l’ASL.

A tel point que le Premier Ministre irakien, Nuri al-Maliki, allié implicite ou/et explicite de l’Iran et d’Assad, a exprimé ses préoccupations au sujet de cette situation en voie de détérioration rapide. Il a déclaré qu’un conflit ethnique se ferait au détriment des intérêts de tous, dans la région, signifiant ainsi que l’Irak ne permettrait pas l’instauration d’une entité kurde unifiée sur ses frontières.

La Turquie menace d’intervenir.

Un autre groupe kurde syrien, le Parti de l’Union Démocratique (PYD en kurde), a instauré, au Kurdistan syrien, ce qu’il désigne comme des « Unités de Défense Populaires », qui combattent les Jihadistes. Le PYD est unique, parmi les divers groupes kurdes syriens, pour une raison importante : il entretient des relations historiques avec le Parti des Travailleurs Kurdes (PKK), que la Turquie et les Etats-Unis considèrent comme une organisation « terroriste ».

Les Turcs qui sont en guerre avec le PKK depuis des décennies, mais ont récemment signé un accord de cessez-le-feu, observent les évolutions en Syrie avec une inquiétude croissante. « Il y a seulement une semaine, nous avions déjà 400 kms de « frontière kurde », écrit un éditorialiste du quotidien turc Hurriyet. « Aujourd’hui, ce sont 800 kms supplémentaires qui s’y sont ajoutés ».

Le gouvernement turc a diffusé un brusque avertissement : “Nous ne permettrons pas à un groupe terroriste d’établir des camps d’entraînement dans le nord de la Syrie et de menacer la Turquie ».

Le Premier Ministre Truc Recep Tayyip Erdogan a fait savoir clairement que la Turquie prendra toutes les mesures nécessaires contre une présence “terroriste” dans le Nord de la Syrie. En attendant, il est probable que les liens tissés entre Ankara et l’ASL, à travers les Frères Musulmans, soutenus par le Qatar, y compris ses branches les plus radicales, occupent le terrain de la guerre contre les Kurdes, de façon à éviter une intervention directe.

Erdogan a formulé un avertissement personnel, lors d’une rencontre à Istanbul avec ses chefs du renseignement et le dirigeant du PYD, Saleh Muslim. La convocation de cette réunion a pris effet juste après que Muslim ait déclaré son intention de créer un Conseil indépendant dans les « zones libérées » du Kurdistan.

Les Turcs sont profondément préoccupés du fait que l’émergence d’un “Grand Kurdistan” n’est plus seulement une possibilité lointaine, mais une quasi-réalité sur le terrain. Cette situation de fait pose d’énormes défis, non seulement à la Turquie, mais aussi pour tous les autres états disposant de vastes populations kurdes : l’Irak, la Syrie et l’Iran. Ils ont en commun d’être, également, des ennemis traditionnels d’Israël.

Des intérêts concurrents

Pour le moment, entre le Gouvernement Régional du Kurdistan Irakien et la zone autonome de Syrie, une relation d’interdépendance s’est construite. « Les Kurdes syriens ont besoin du GRK comme médiateur et profondeur stratégique, et le GRK a besoin des Kurdes syriens, dans le but de se transformer en centre national pour tous les Kurdes, autant que pour obtenir un meilleur débouché sur la mer ».

Bien que ce soit le GRK qui fixe l’agenda pour les Kurdes de Syrie et non l’inverse, l’extension de l’autonomie en Syrie affectera nécessairement les calculs stratégiques d’Irbil (la capitale du Kurdistan irakien).

D’après le journaliste kurde Ayub Nuri, l’autonomie des Kurdes de Syrie renforce la probabilité que le GRK s’oriente vers une déclaration officielle d’indépendance. « Les voisins sont hostiles à cette idée et ils sont puissants sur le plan militaire. Mais si les Kurdes syriens consolident leur autonomie et dirigent leurs propres territoires, cela ne fera que rapprocher le Kurdistan irakien de son indépendance effective ». Le fait de savoir que la frontière occidentale du Kurdistan irakien est partagée avec une administration amicale de même culture et obédience, et non une armée hostile, pourrait apporter au GRK une sens plus affirmé sa propre sécurité, alors qu’il soupèse cette option avec prudence.

En public, les dirigeants kurdes parlent de leur avenir au sein d’un Irak unifié. « Nous croyons en la constitution de l’Irak et ne nous en écarterons pas », a déclaré le Chef d’Etat-Major de Barzani au conseiller-adjoint à la sécurité nationale du Président Obama. Mais les experts pensent qu’ils attendent simplement la bonne occasion pour se déclarer indépendants à l’égard de Bagdad…

Le Kurdistan est un territoire-passerelle potentiel pour la plupart des conflits en cours au Moyen-Orient. Il fournit une route terrestre pour le Kurdistan irakien, qui approvisionne les Kurdes de Syrie, au fur et à mesure de leur quête d’une plus grande autonomie à l’égard de Damas.

L’Iran, également, recherche un couloir pour approvisionner ses supplétifs comme le Hezbollah au Liban et une garantie de relative domination chi’ite à Bagdad. Quel que soit le pouvoir qui sera en mesure de contrôler la zone des trois frontières entre l’Irak, la Syrie et la Turquie, il sera aussi en mesure de contrôler les couloirs d’approvisionnement du Kurdistan.

Avec tous ces intérêts concurrents en tête, il est facile de comprendre pourquoi le destin du Kurdistan contribuera à façonner l’avenir du Moyen-Orient.

Sources : timesofisrael.com : Un Kurdistan Libre et un Nouvel allié d’Israël se profile t-il à l’horizon ?

Col. (ret.) Dr. Jacques Neriah,

Affiche : 4 Comments
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  1. massimo dit :

    La similitude entre juifs et kurdes est encore plus frappante quand on voit ces femmes kurdes prendre les armes contre les terroristes d’ Al-kaïda. Les femmes juives font aussi leur service militaire il me semble. Quant il faut défendre son peuple, sa famille, les femmes peuvent être de vraie tigresses.

  2. TK dit :

    Les Kurdes et les israéliens n’ont RIEN en commun

  3. […] 1er allié d’Israël au M-O : Le Kurdistan Indépendant … […]

  4. Nelson dit :

    Qu’on le veuille ou non, le peuple kurde aujourd’hui, tout comme le peuple juif en son temps, a du s’employer corps et âme, pour défendre sa liberté et son droit de vivre. Car c’est de cela qu’il s’agit, ces peuple ont de tout temps été maltraité, massacré par des etats fascistes (Turquie, irak, iran, syrie) Les kurdes vont gagner leur indépendance au nez et à la barbe d’Erdogan, celui la même qui cite les nazis en exemple !

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